Toujours en exploration de Nagasaki, de ses secrets, de ses charmes et de ses mystères.
Aujourd'hui, une plongée au coeur des habitudes des quartiers de plaisirs nommé 'yûkaku' de l'époque d'Edo, où tout semblait plus simple et admis qu'aujourd'hui.

Maruyama était le quartier de plaisirs de Nagasaki, comme Yoshiwara à Edo (ancien nom de Tôkyô) et Shimabara à Kyôto. 

Lors de mes pérégrinations dans Nagasaki, je tombais sur les ruelles désertes et fleuries de Maruyama, aux belles maisons de bois.
Le son d'un shamisen parvint à mes oreilles. Sûrement une geiko (femme des arts) qui s'exerce. Ce soir elle offrira le spectacle de ses talents à des clients fortunés. Ensuite ce sera au tour des yûjo (prostituée) de prendre possession du client!
Aujourd'hui, il reste une vingtaine de geiko, toujours dans ce même quartier de Maruyama.

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De ses belles maisons, du linge pendant aux fenêtres, j'imaginais y trouver des tenues de soie, affriolantes pour faire bander les hommes avides de sexe. Mais non ...rien que des habits très normaux. Trop normaux.

Au fil de ma découverte de part les ruelles de Maruyama, mon esprit s'échauffait, mais mon appareil photo pas vraiment.
Comment rendre compte de toute l'histoire lié à ce lieu spécial.
Les mots plus que les photos vous en apprendront plus.

Comme tous les grands quartiers de plaisirs d'antan, Maruyama était isolé du reste de la ville, fermé, barré de hauts murs. C'était un centre de la prostitution légal, approuvé par les autorités qui y avaient de toute façon leurs habitudes, leurs femmes réservées, leurs favorites.
Ces lieux étaient aussi une source d'inspiration pour les artistes, poètes, musiciens, écrivains qui y puisaient des thèmes axés sur la beauté des femmes, leur élégance et l'amour.

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D'innombrables ukiyo-e (estampes traditionnelles japonaises) y font référence.

Les courtisanes, femmes de plaisirs ou geiko venaient de toutes les provinces du Japon. En être était un honneur, source de richesse et de culture.

Durant l'âge d'or du quartier de Maruyama il y avait plus de 100 maisons de plaisirs et 1500 yûjo.

Une vue typique de Maruyama ...

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Normalement les femmes de plaisirs étaient enfermées dans ce quartier, mais exceptionnellement à Nagasaki, elles avaient l'autorisation d'en sortir pour se rendre sur l'îlot de Dejima! Pour bien entendu avoir des relations avec les étrangers!
Durant la grande période d'isolationnisme forcé du Japon ce furent alors les seules femmes de tout l'archipel à connaître des étrangers, à parler avec eux, à les côtoyer ..au plus près alors même que cela était interdit pour n'importe quel japonais de quelque ordre qu'il soit!
Nombres de ces étrangers, hollandais donc, s'éprenaient de ces femmes, et vice versa, elles recevaient alors des cadeaux des ces hommes, du chocolat, du vin, des bijoux, ..toutes sortes de choses dont pas un japonais ne soupçonnait même l'existence. 
Dejima, l'îlot fermé des hollandais, accueillait alors les femmes de plaisir du quartier tout aussi fermé de Maruyama!
Destins croisés de ces deux quartiers, de rencontres sur l'oreiller, d'histoires d'amour et plus. Car des enfants sont nés de ces liaisons, des métis eurasiens, qui ne devaient pas quitter Dejima jusqu'à l'âge de 3-4 ans. Les petites filles devaient suivre le destin maternel et allaient alors s'enfermer à Maruyama!

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En fait il y avait plusieurs niveau de yûjo.
Les yûjo de luxe (oui oui les putes de luxe, genre escort-girl à 10 000 pour crétins de footballeurs!!) réservées aux clients japonais de haut-rang,
les yûjo de classe moyenne, mais sûrement bien appétissantes quand même pour le client de base et les ...chinois! Car il y avaient aussi les chinois autorisés à entrer au Japon,
puis les yûjo 'bas de gamme' pour les clients pauvres et les hollandais, qui ne devaient y voir que du feu, surtout entre les cuisses, car n'ayant pas de possibilité de comparaison. 

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